L'écosystème verrier de Philippe Bastien

Dans Let’s Talk, la FEB vous fixe rendez-vous avec une figure clé du monde entrepreneurial en Belgique. Qui se cache derrière la femme ou l’homme chef d’entreprise ? Quel est le moteur qui la ou le pousse à faire tourner son activité 24h sur 24, 7j sur 7 ? La passion des chiffres, les gènes, l’ambition …? Let’s Talk vous propose de découvrir une personnalité du monde du business, devant et derrière les coulisses. Vous entendrez aujourd’hui Philippe Bastien, Regional President AGC Glass Europe (spécialisée dans la production et la transformation de verre plat), qui nous éclaire sans tabou sur l’adaptation du secteur verrier à une triple transition : énergétique/écologique, digitale et structurelle.


« Le verre est plus qu’un produit, plus qu’une industrie, c’est tout un écosystème… »

Philippe Bastien est entré à l’âge de 24 ans chez Glaverbel (devenu AGC Glass Europe), fleuron de l’industrie verrière en Belgique. Du simple pare-brise à la fenêtre connectée, le verre est mis à toutes les sauces de sécurité, de confort, de production d’énergie, d’esthétique et aujourd’hui, même, de communication et d’information. Avec une constante toutefois : sa fonction essentielle de transparence. Le verre continue de fasciner notre homme. Plus spécifiquement en charge de la branche Bâtiments & Industrie, Philippe Bastien épingle – entre autres défis – la récupération des matériaux verriers lors de la démolition. Enfin, depuis mars 2020, Philippe Bastien préside le conseil d’administration de Glass for Europe, l’association professionnelle du secteur au niveau européen.

 

« On n’y arrivera pas seuls »

Rendre les bâtiments plus performants est un des principaux leviers d’action du Green Deal, encore épinglé à la mi-juillet dans le « paquet climat » de la Commission. Les bâtiments sont responsables d’environ 40% de la consommation d’énergie de l’UE, et de 36% des émissions de gaz à effet de serre. Pourtant, seul 1% du parc immobilier est rénové chaque année. « Or, pour atteindre l’objectif européen de neutralité climatique en 2050, c’est 98% du parc immobilier qui doivent être rénovés ! Un défi énorme, où le verre, responsable aujourd’hui de près de 30% des déperditions énergétiques, a un rôle primordial à jouer. » Une réduction drastique du coefficient U (de transmission thermique) devrait permettre, au niveau européen, de réduire de 100 millions de tonnes les émissions de CO2, estime notre invité. Par ailleurs, souligne Philippe Bastien, relever ce défi – rendre notre habitat le plus neutre possible sur le plan énergétique –, c’est agir en faveur de l’économie réelle, locale (aux vertus de laquelle il croit très fort). Mais, seule, l’industrie verrière n’y arrivera pas. « Pour y arriver, il faudra mobiliser l’ensemble de nos partenaires, tout l’écosystème verrier. »

Le dernier Rapport sur la durabilité d’AGC fait état de 6 grands objectifs à l’horizon 2030. Réduction des émissions de gaz à effet de serre (30%), de la consommation énergétique (20%), de la consommation d’eau (15%), objectif zéro déchet mis en décharge, réduction de la quantité de déchets générés ou des ressources utilisées et, enfin, développement de nouveaux produits offrant de meilleures performances environnementales. Lequel représentera le plus grand défi ? Philippe Bastien se refuse à donner « un ordre de priorité ». Car le plus grand défi, c’est précisément de faire évoluer simultanément tous les processus et objectifs. « Plus concrètement, il est généralement admis que pour une tonne de CO2 émise, AGC contribue à en sauver 11 tonnes. Cela dit, il importe aussi de diminuer cette tonne émise. Ce qui implique de travailler sur différents axes – nouveaux procédés, nouvelles sources d’énergie, nouvelles technologies de capture de carbone, etc. Ici aussi, le partage des enjeux avec d’autres industries ou secteurs est crucial. »

Comment AGC Glass Europe compte-t-elle tenir le cap sur ses engagements environnementaux en termes de compétitivité face à des concurrents, principalement non européens, « moins regardants » ? Pour notre invité, la réponse est claire. Il n’y a pas de compromis possible. L’Europe doit continuer de construire sa différentiation en étant leader d’une industrie durable.  « Le consommateur lambda n’est pas prêt à payer plus cher son vitrage au motif qu’il a une faible empreinte carbone ? Pour faire évoluer les mentalités, il faut des politiques adaptées et, surtout, coordonnées à divers niveaux. »  

« Une commodité n’exclut pas excellence et force d’innovation »

La transformation numérique a depuis quelque temps déjà fait son entrée dans l’industrie du verre. Non seulement au niveau de la conception (virtualisation), de la production, de la personnalisation (ex. vitrage de façade) mais aussi de nouvelles fonctionnalités, notamment d’interaction avec l’environnement (ex. antennes de géolocalisation intégrées). « Aujourd’hui, on vend autre chose qu’un produit. Certes, le verre reste une commodité. Mais ce n’est pas une fatalité et cela n’exclut pas excellence et force d’innovation. »

AGC a subi de plein fouet les effets de la crise, du fait de la baisse drastique d’activité dans deux secteurs grands consommateurs de verre que sont les bâtiments et l’automobile. « Il faut savoir que le verre plat est produit à partir de fours à coulée continue, et qu’une fois lancés ceux-ci sont difficiles à arrêter. Il a donc fallu gérer cette production face à un marché sans demande », explique Philippe Bastien, qui tient à souligner le travail accompli par les partenaires sociaux. « Cela a permis de sauver l’outil de production, ce qui est loin d’être négligeable. » La crise va sans doute induire un changement structurel de la demande : « Avec, d’une part, beaucoup d’incertitudes du côté du secteur commercial et plus spécifiquement des surfaces de bureau, du fait des nouvelles habitudes de travail. Et, d’autre part, un boost du côté de l’habitat – on fait la chasse aux déperditions énergétiques, on transforme, on rénove – lui aussi lié aux nouvelles habitudes de travail ! » 

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Notez dès à présent le prochain podcast Let's Talk de la Fédération des entreprises de Belgique dans votre agenda et écoutez-le ! L'invité sera Erwin Van Osta. En tant que CEO de Hubo, il préfère les actes aux paroles. Cela ne signifie pas que l’inconditionnel de la vente au détail et du secteur du bricolage n'a pas une opinion et une vision fortes. C’est d’ailleurs un must en sa qualité de président de Comeos, la fédération du commerce et des services. Écoutez son histoire le jeudi 28 octobre 2021.

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