Les informations diffusées par les médias le week-end dernier laissent présager le pire. Un appel est lancé pour une manifestation de masse le 13 février, les revendications fusent : pour accorder à chacun une pension publique (ce qui coûterait 40 à 50 milliards EUR), pour refuser les réformes (quitte à léguer la facture à nos enfants), pour octroyer des allocations de chômage illimitées dans le temps, pour prévoir des droits supplémentaires à des absences, venant s’ajouter aux 26 systèmes de congés déjà existants, etc. Pour continuer à financer tout cela, nous aurions besoin d’un moteur économique puissant, alors qu’aujourd’hui, la Rolls Royce belge n’est plus équipée que d’un moteur de deux chevaux.
Pendant ce temps, notre pays perd systématiquement des parts de marché à l’étranger. Une petite économie ouverte comme celle de la Belgique dépend entièrement de sa compétitivité à exporter ses services et ses produits. Et c’est à ce niveau que nous constatons une évolution inquiétante. Nos entreprises perdent progressivement mais sûrement leur place sur les marchés mondiaux : alors que nous faisions encore partie des 20 pays les plus puissants du monde il y a quelques décennies, nous ne ferons peut-être plus partie du G40 d’ici à 2040. Or cet appauvrissement relatif latent ne semble pas constituer un problème pour certains.
Des réformes ou des situations « à la grecque »
Nous avons perdu un temps précieux en nous abritant derrière la conviction que la situation n’est pas si grave et que nous demeurerons quoi qu’il en soit une nation riche. Cela est peut-être vrai, mais l’ennui de cette procrastination constante est triple :
- 1. Nous laissons croire à tout le monde qu’il n’y a pas de problème, alors que les fondements de notre État-providence s’érodent petit à petit.
- 2. Plus nous tardons à adopter une approche approfondie, plus les interventions deviendront dramatiques. Si on reporte, relativise, retarde à nouveau, les interventions n’en seront que plus draconiennes en 2030.
- 3. Troisièmement, reporter, c’est faire délibérément passer la facture des réformes nécessaires à la génération suivante.
Chaque jour qui passe ravive en moi le souvenir du scénario qu’a connu la Grèce dans le sillage de la crise financière. De plus, en voulant frapper unilatéralement notre secteur financier, le politique prive non seulement nos entreprises de la capacité de financement dont elles ont tant besoin pour traverser les transitions, mais il exerce également une pression à la hausse sur les taux d’intérêt.
Réformer ou péricliter : la Belgique est à un tournant.
Arizona, to be or not to be
Les cinq partis qui tentent de négocier un accord de coalition pour la fin de la semaine sont donc confrontés à un défi de taille. Notre appel est on ne peut plus clair :
- 1. Ne cédez pas face à ceux qui veulent éviter les réformes. Vous ne rendriez pas service à notre pays, à ses habitants et à ses entreprises, car les interventions seront d’autant plus draconiennes en 2030 ;
- 2. Ne décidez pas de réformes édulcorées ou vidées de leur substance, car vous donneriez l’impression que tous les problèmes sont résolus, alors que ce n’est pas le cas. Des politiques bricolées de la sorte seront de toute façon impitoyablement sanctionnées lors des prochaines élections ; regardez ce qui s’est passé dans notre pays au cours du dernier quart de siècle ;
- 3. Faites ce qui est depuis longtemps tout à fait normal dans le reste de l’Europe : limitation de la durée du chômage, introduction d’un bonus et d’un malus sur les pensions pour les personnes qui quittent le marché du travail plus tard ou plus tôt, travail de nuit à partir de minuit et non de 20h. Réduisez le coin fiscal (c’est-à-dire la différence entre le coût brut pour l’employeur et le salaire net pour le travailleur), en diminuant les coûts salariaux tout en augmentant le pouvoir d’achat net. Et ne ciblez pas non plus un secteur spécifique (le plus grand bailleur de fonds de l’entrepreneuriat) comme une vache à lait budgétaire, car la perte à long terme sera bien plus importante que le gain budgétaire à court terme.
- 4. Donnez aux partenaires sociaux la mission d’adapter la loi sur la norme salariale ainsi que le mécanisme d’indexation pour être en ligne avec ce qui existe dans le reste de l’Europe. Un processus de formation des salaires qui fait que nous dérapons et détruisons des emplois à chaque choc économique, ou dont les automatismes empêchent une concertation salariale normale, est dépassé et ne garantit pas la paix sociale. Au contraire, le système actuel est source d’instabilité sur le plan socio-économique.
- 5. Dans la première moitié de la législature, adoptez des mesures qui renforcent les fondements de notre économie et ne distribuez qu’ensuite les fruits des politiques mises en œuvre. Il faut d’abord cuire le gâteau avant de le partager, c’est la logique même.
Après sept mois de concertation dans le cadre de l’Arizona, tout est sur la table. La Commission européenne et les marchés financiers nous observent avec inquiétude. Sur le plan socio-économique, cette semaine est sans doute la plus cruciale de ces dernières décennies. To be or not to be !
