L’enquête de conjoncture de novembre de la Fédération des entreprises de Belgique (FEB) montre que l’activité économique a évolué de manière légèrement positive depuis mai, mais que l’incertitude concernant les six prochains mois reste très élevée. Un peu plus de 60 % des fédérations sectorielles s’attendent à une stagnation de l’activité dans leur secteur au cours de cette période. Cela est lié à un problème persistant de compétitivité des coûts salariaux et énergétiques dans un contexte de surcapacité mondiale (surtout chinoise) et donc de pression à la baisse sur les prix. En effet, malgré la légère amélioration de la conjoncture, la rentabilité s’est dégradée au second semestre 2025 et près de la moitié de nos secteurs ont enregistré une baisse du niveau de leurs investissements. De plus, les secteurs ne se montrent guère enthousiastes quant aux futures créations d’emplois. Aucun secteur ne prévoit en effet une progression de l’emploi au cours des six prochains mois.
Dans ce contexte, l’économie belge devrait à nouveau afficher une croissance modeste de 1,1 % en 2026, similaire à celle estimée à 1 % pour 2025. En 2026, cette croissance va cependant s’appuyer de plus en plus sur un seul moteur : la consommation des ménages. Dans le secteur de la construction, par exemple, il semble encore prématuré d’envisager une reprise. Quant à la croissance des investissements des entreprises, elle devrait ralentir et les exportations nettes devraient continuer à contribuer négativement à la croissance.
Contexte international : les risques demeurent élevés
Après des mois de turbulences commerciales, le ciel s’est enfin éclairci et nous avons retrouvé une plus grande stabilité au second semestre 2025 grâce aux accords commerciaux conclus entre les États-Unis et l’Europe (en août) et entre les États-Unis et la Chine (en octobre). Dans ce contexte, la zone euro croît à nouveau un peu plus rapidement (1,3 % en moyenne en 2025), l’Allemagne se redressant prudemment après des années de stagnation. Toutefois, l’augmentation des droits d’importation vers les États-Unis et l’affaiblissement du dollar ont freiné les exportations européennes. Les risques géopolitiques restent élevés, notamment en ce qui concerne la guerre entre la Russie et l’Ukraine et les politiques commerciales imprévisibles des États-Unis et de la Chine.
Économie belge : base chancelante
Consommateurs optimistes
La confiance des consommateurs s’est établie à son plus haut niveau depuis quatre ans en novembre (+2). L’épargne des ménages a atteint un niveau record et la crainte du chômage se situait à un niveau historiquement bas. Le recul de l’inflation et le marché du travail tendu ont également stimulé l’optimisme des consommateurs.
Entreprises sous pression
Notre enquête conjoncturelle montre aussi une petite lueur d’espoir au niveau des entreprises : 33 % de réponses positives concernant l’activité économique au cours des six derniers mois en novembre 2025, contre 22 % en mai. À l’inverse, seuls 22 % des secteurs font encore état d’un niveau d’activité plus faible que six mois auparavant (contre 33 % en mai).
Toutefois, le tableau général pour l’avenir est beaucoup moins rose. 61 % de nos fédérations sectorielles s’attendent en effet à une stagnation de l’activité économique au cours des six prochains mois.
En outre, 39 % des secteurs ont déclaré une rentabilité inférieure à celle d’il y a six mois (contre 11 % en mai). Les entreprises ont beaucoup de peine à répercuter l’augmentation des coûts salariaux et énergétiques car elles sont confrontées à une surcapacité mondiale, à un euro fort et aux droits de douane américains. L’excédent net d’exploitation des entreprises (en % de leur valeur ajoutée) est même inférieur à celui de 1995.
Près de la moitié des secteurs (47 %) ont également signalé des niveaux d’investissement plus faibles au cours des six derniers mois, soit deux fois plus qu’en mai (22 %). L’incertitude liée aux crises géopolitiques et aux guerres commerciales a incité certaines entreprises à reporter leurs décisions à long terme. De plus, les investissements se limitent actuellement principalement à l’innovation, à l’efficacité énergétique et à des mesures de rationalisation au niveau de la main-d’œuvre. Les investissements d’expansion restent rares.
Les conséquences se font clairement sentir : au cours des 11 premiers mois de 2025, 10.500 entreprises ont fait faillite (+5 %), le pire chiffre depuis 2013. Le secteur de la construction a été particulièrement touché, avec 2400 faillites et 3000 emplois perdus.
Aucune de nos fédérations sectorielles ne s’attend non plus à ce que l’emploi dans leur secteur augmente au cours des six prochains mois.
D’une part, l’activité économique s’est quelque peu redressée au cours des six derniers mois. D’autre part, la rentabilité s’est détériorée au cours de la même période et les niveaux d’investissement et de création d’emplois se sont inscrits à la baisse. Pour les six prochains mois, aucune fédération sectorielle ne prévoit encore une croissance de l’emploi.
Les mesures prévues pour le redressement de la compétitivité sont cruciales
La FEB demande dès lors que les mesures prévues pour restaurer la compétitivité soient mises en place rapidement afin de soutenir la confiance des entrepreneurs et de permettre aux moteurs des investissements et de la création d’emplois de se relancer le plus rapidement possible :
- 1. Diminution des coûts de l’énergie grâce à une baisse des tarifs de transport et à l’utilisation de la facilité européenne CISAF pour réduire les prix de l’énergie.
- 2. Introduction accélérée de l’indexation forfaitaire (modération salariale pour les salaires supérieurs à 4000 EUR) avec neutralisation lors du calcul des prochaines marges pour l’évolution des coûts salariaux, afin de garantir un ancrage structurel à l’amélioration (légère) de la compétitivité des coûts salariaux.
- 3. Plus grande flexibilité du travail : plus de possibilités de prester des heures supplémentaires, suppression de l’interdiction du travail du soir et élargissement des flexi-jobs.
- 4. Activation des talents : limiter le chômage à 2 ans et veiller au bon fonctionnement des trajets de retour au travail des malades de longue durée, en responsabilisant toutes les parties concernées.
- 5. Réduction des charges administratives et éviter à tout prix d’en introduire de nouvelles (notamment dans le cadre de la directive sur la transparence des rémunérations (PTD) et du budget mobilité).
Une croissance économique qui repose uniquement sur le renforcement de la confiance des consommateurs connaît des problèmes au moindre petit choc. Or le risque de connaître des turbulences est élevé aujourd’hui. Sans les réformes structurelles promises, qui donneront également aux entrepreneurs la confiance nécessaire pour investir et créer des emplois, nous risquons donc la panne. En effet, vu les taux de croissance actuels, nous restons dans la zone de danger. Pour une stabilité durable, nous avons besoin d’une croissance économique supérieure à 1,5 %. Et pour cela, il est urgent de relancer les autres moteurs.
Focus Conjoncture de la FEB ?
Deux fois par an, la Fédération des entreprises de Belgique (FEB) interroge ses fédérations sectorielles pour mesurer la température économique. Sur la base de cette enquête (réalisée en novembre), elle dresse le bilan de la situation économique belge et des prévisions pour le semestre à venir. Tous les six mois (en mai et en novembre), la FEB interroge ses principales fédérations sectorielles sur les développements économiques et les prévisions dans leur secteur.
