L’économie belge semblait prudemment engagée sur la voie de la reprise, mais celle-ci est aujourd’hui à nouveau brutalement freinée (de 1,5 à 0,5 %). Un nouveau choc inflationniste, la hausse des prix de l’énergie et l’intensification des tensions géopolitiques mettent une fois de plus en lumière la vulnérabilité de notre économie. C’est ce qui ressort de la nouvelle analyse conjoncturelle de la FEB.
La croissance économique pour 2026 est estimée à environ 0,5 %, soit une diminution de moitié par rapport à notre estimation de novembre 2025. Le choc inflationniste pèse sur la consommation des ménages, notre seul moteur de croissance. Les investissements des entreprises restent sous pression dans un contexte géopolitique incertain. Enfin, les exportations nettes demeurent légèrement négatives et aucune amélioration structurelle significative ne se profile.
Une croissance indispensable qui relève aujourd’hui du vœu pieux
Pour une dynamique durable, la Belgique a besoin d’une croissance d’au moins 1,5 %. Seule une croissance suffisante permet de concrétiser d’autres priorités politiques, telles que le maintien de notre État-providence et la réduction de notre déficit public excessif vers 3 % du PIB.
Or, notre analyse conjoncturelle semestrielle montre que cet objectif de 1,5 % de croissance est d’ores et déjà hors d’atteinte cette année. Les chiffres parlent d’eux-mêmes :
- L’activité économique recule : 45 % des secteurs signalent un niveau d’activité en baisse, contre 20 % il y a six mois (le baromètre conjoncturel de la FEB passe de +3 à -8).
- La création d’emplois est sous pression : 60 % prévoient une diminution de l’emploi au cours des six prochains mois.
- La rentabilité s’est dégradée au cours des six derniers mois : 80 % des entreprises font état d’une baisse de leur rentabilité (contre 40 % en novembre 2025).
- La dynamique d’investissement stagne : près de 40 % des secteurs indiquent un ralentissement du rythme d’investissement au cours des six derniers mois.
Lorsqu’elles investissent encore, les entreprises le font principalement dans l’efficacité énergétique et des mesures de rationalisation de la main-d’œuvre. Les investissements d’expansion – ceux qui génèrent de l’emploi et de la croissance – restent quant à eux largement absents.
Les prévisions de croissance sont réduites de moitié à 0,5 % : les exportations belges à nouveau sous pression.
Trois priorités cruciales pour amorcer la relance
Comment les pouvoirs publics peuvent-ils redonner à nos entreprises la confiance nécessaire pour investir et recruter ? Les mesures annoncées pour le rétablissement de la compétitivité doivent maintenant être mises en œuvre de manière rapide et cohérente. Les priorités suivantes revêtent à cet égard une importance cruciale :
- 1. L’amélioration de la compétitivité des coûts salariaux est devenue encore plus urgente en raison de la poussée inflationniste. Les réductions de charges prévues dans l’accord de gouvernement fédéral doivent être concrétisées. De même, la cotisation de modération salariale, intégrée dans le calcul du « centenindex », doit être progressivement supprimée dans les plus brefs délais.
- 2. Il faut réduire les coûts énergétiques. Cela peut notamment se faire via une baisse des tarifs du réseau de transport, comme prévu dans l’accord de gouvernement, ainsi que par le recours à la facilité européenne CISAF1 afin de diminuer les prix de l’énergie. La nouvelle norme énergétique doit être respectée.
- 3. Il faut alléger les charges administratives en mettant rapidement en œuvre les 60 mesures orientées entreprises du Plan d’action fédéral pour la simplification administrative (PAFSA), en étroite concertation avec le monde des entreprises. Il est également indispensable de poursuivre les initiatives « omnibus » européennes.
Ambition et priorité à la croissance
Ces solutions rapides sont connues et ne souffrent aucun retard. Par ailleurs, des réformes structurelles du marché du travail sont indispensables pour accroître le taux d’emploi. L’introduction d’un système de bonus-malus pour les pensions et l’activation des personnes en incapacité de travail de longue durée constituent déjà deux mesures allant dans la bonne direction.
L’enjeu est parfaitement clair. Sans rétablissement de la compétitivité, il ne peut y avoir de croissance durable, et d’autres objectifs politiques seront également mis sous pression. Seules des réformes ciblées permettront à la Belgique de renouer avec une trajectoire de croissance solide et de préserver sa prospérité future.
Découvrez dans notre dernier Focus Conjoncture comment nos secteurs envisagent leur avenir.
1. Le CISAF (Clean Industrial Deal State Aid Framework) est un cadre européen d’aides d’État qui permet aux pouvoirs publics de soutenir financièrement les entreprises dans la transition vers une industrie propre et bas carbone.
