Opinion

L’incertitude étouffe-t-elle la reprise ?

Takeaways

1. L’incertitude sape la confiance
2. La croissance économique reste décevante
3. Certains signaux indiquent une – légère – amélioration de la conjoncture
4. Les secteurs et les entreprises espèrent que le creux de la vague a été atteint

Ces dernières semaines ont été intenses, et pas seulement sur le plan météorologique. Au niveau politique, nos dirigeants espèrent encore boucler un certain nombre de dossiers sensibles avant les vacances parlementaires. Et il s’agira ensuite de mettre de l’ordre dans les finances. Il importe en effet de restaurer la confiance et la résilience de notre pays.

L’incertitude, le pire ennemi de la croissance

Notre pays se situe-t-il à un point de basculement économique ? Aussi rhétorique que puisse paraître la question, il est loin d’être certain que, sous la pression des incertitudes géopolitiques, nous puissions même choisir une voie qui nous sorte de l’impasse économique. En effet, quelle que soit la manière dont nous appréhendons les choses, la situation internationale très incertaine impacte également l’activité économique et l’évolution des affaires dans notre propre pays. La guerre tarifaire que le président américain a déclenchée fait plus de mal que de bien à la confiance des entreprises.

En 2024, l’économie belge a progressé de 1 %, le rythme de croissance modéré de 2023 s’étant maintenu. Selon les chiffres provisoires, l’économie a enregistré une croissance de 0,4 % au premier trimestre, soit le double du taux de croissance du trimestre précédent, notamment grâce à un pic temporaire des exportations vers les États-Unis. Mais ce regain de dynamisme semble éphémère et les tendances de fond demeurent préoccupantes.

70 % de l’économie sous le niveau normal

En effet, selon la récente analyse de la FEB (Focus Conjoncture), 70 % de l’activité économique est encore bien en deçà de la normale. C’est surtout l’industrie qui souffre énormément. La rentabilité et les investissements semblent se stabiliser, mais restent inférieurs à la moyenne à long terme. Nos secteurs n’ont pas beaucoup de nouveaux investissements en vue, et encore moins des investissements d’expansion. L’emploi constitue un point positif qui pourrait laisser présager une amélioration de la conjoncture. Ces deux derniers trimestres, le nombre d’emplois créés a en effet été identique à celui des six trimestres précédents, après une baisse nette début 2024. La majeure partie des créations d’emplois concerne le secteur des services, dont environ 40 % dans les secteurs publics ou non marchands. Malheureusement, au cours du premier semestre 2025, 1700 emplois supplémentaires ont été perdus dans les secteurs industriels sensibles à la conjoncture (15.200 depuis début 2023).

Éviter une profonde crise industrielle

Concrètement : nous ne sommes plus en chute libre, mais nous ne sommes pas encore pour autant sortis du creux de la vague. Malgré tous les chiffres moroses, je continue de trouver incroyable – et même surprenant – que nos secteurs puissent afficher une telle résilience. De très nombreuses entreprises estiment que la situation pourrait difficilement empirer, étant donné les taux d’utilisation des capacités extrêmement bas au début de 2025. En outre, l’inflation semble progressivement sous contrôle, ce qui est important pour ramener l’évolution des coûts salariaux au même niveau que celle des pays voisins. Enfin, l’assouplissement de la politique monétaire et l’annonce d’un certain nombre d’investissements publics alimentent également l’espoir que la croissance économique pourrait se maintenir, voire se renforcer légèrement.

Quelle que soit l’évolution qu’indiquent les chiffres, nous pouvons, avec des politiques bien réfléchies au niveau belge, au moins éviter que notre pays ne s’enfonce davantage dans la crise industrielle. Les ingrédients pour ce faire sont sur la table depuis un certain temps déjà : une meilleure compétitivité, un marché du travail plus actif et un allègement des charges administratives. Au niveau européen, il convient de mener une politique de soutien qui renforce le marché intérieur et mise sur un élargissement du portefeuille d’accords commerciaux, en commençant par celui avec le Mercosur.

L’été portera-t-il conseil ?

Il y a donc matière à réflexion. Espérons que l’été portera conseil. Le temps est venu de faire une pause, de se ressourcer et de recharger nos batteries(*). Ainsi, après les vacances politiques, nous pourrons, avec une énergie renouvelée, avancer des solutions réfléchies.

Focus Conjoncture : facts & figures

L’analyse complète est disponible dans notre nouveau Focus Conjoncture « Quelques trouées dans l’épais brouillard géopolitique ».

Voici les premiers enseignements :

Constats
1. Niveau d’activité : 70 % de l’économie en dessous de la normale
2. Marché du travail : 15.000 emplois industriels perdus depuis 2023
3. Investissements : dans 80 % des cas, l’expansion ne constitue pas un motif d’investissement
4. Tarifs douaniers de Trump – guerre commerciale avec les USA : peu ou pas d’impact pour la moitié de l’économie, impact modéré à fort pour l’autre moitié
5. Parts de marché dans les exportations : en baisse de 13 % depuis 2023

Conclusion
1. L’incertitude est actuellement le principal ennemi de la croissance économique ; nous prévoyons dès lors une croissance du PIB inférieure à 1 % en 2025 et 2026.
2. Seule la poursuite des réformes (notamment sur le marché du travail) peut renforcer le dynamisme économique : un marché du travail flexible et efficace accroît le dynamisme des entreprises.

(*) Notre newsletter FEB IMPACT ne paraîtra pas pendant quelques semaines, mais nos collaborateurs restent à votre disposition.

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A propos des auteurs
Pieter Timmermans
CEO