Actualités • 07 mai 2025

La FEB appelle à une plus grande mobilité interrégionale de la main-d’œuvre

Takeaways
  • Le Sénat se penche actuellement sur la promotion de la mobilité interrégionale du travail et d’une coopération renforcée entre les services publics de l’emploi.
  • Avec un taux de vacance d’emploi de 4,12 %, notre pays a encore le taux de vacance d’emploi le plus élevé d’Europe, avec toutefois quelques différences entre les régions.
  • Nous pouvons néanmoins encore identifier de nombreux obstacles à une plus grande mobilité interrégionale du travail, tels que la barrière linguistique, les transports, le manque de coordination et la connaissance des possibilités.

Le Sénat étudie actuellement comment promouvoir la mobilité interrégionale de la main-d’œuvre et renforcer la coopération entre les services publics de l’emploi. Lors d’une récente audition, la FEB a mis l’accent sur deux inadéquations structurelles qui entravent le fonctionnement du marché du travail et sur l’importance d’une activation renforcée.

Notre pays affiche toujours le taux d’emplois vacants le plus élevé d’Europe (4,12 %). Avec, il est vrai, quelques différences entre les Régions : la Flandre a le taux de vacance le plus élevé (4,55 %), suivie de la Wallonie (3,50 %) et de la Région de Bruxelles-Capitale (3,43 %). En revanche, la Flandre affiche un taux de chômage de 3,2 %, Bruxelles de 11,5 % et la Wallonie de 8,4 %. En Flandre, avec 2,1 candidats par poste vacant, l’indice de tension reste élevé, indiquant clairement une pénurie. En Wallonie, on constate le contraire, avec actuellement environ 40.000 postes vacants pour un total de 240.000 demandeurs d’emploi1. C’est ce déséquilibre qui incite le Sénat à examiner les possibilités inexploitées de mobilité vers la Flandre.

Or nous pouvons identifier encore de nombreux obstacles à une plus grande mobilité interrégionale de la main-d’œuvre :

  • Barrière linguistique : plus de 6 Bruxellois et Wallons sur 10 ne connaissent pas suffisamment le néerlandais et n’envisagent donc pas de postuler à un emploi en Flandre ;
  • Transport : les liaisons de transport public sont insuffisantes, en particulier aux heures de travail inhabituelles ;
  • Manque de coordination, d’efficacité et de mécanismes contraignants dans la coopération entre les services publics ;
  • Méconnaissance des opportunités : plus de 60 % des demandeurs d’emploi wallons et bruxellois déclarent ne pas savoir où consulter les offres d’emploi flamandes.

Inadéquation entre les demandeurs d’emploi et les postes vacants

Lors de l’audition, la FEB a souligné le fossé existant entre le profil des demandeurs d’emploi à Bruxelles et en Wallonie, d’une part, et les besoins des entreprises flamandes, d’autre part. C’est surtout pour les demandeurs d’emploi peu qualifiés que les exigences en matière de qualification et de compétences posent souvent problème. La mission est donc double : il convient de miser sur la formation dans les compétences critiques. Et dans le même temps, les employeurs doivent comprendre qu’attendre la perle rare n’est pas la voie à suivre. Aujourd’hui déjà, des entreprises mettent en place des formations sur le tas, même si cela signifie que le travailleur concerné n’est souvent pas immédiatement employable. Il importe que les employeurs disposent des outils nécessaires à cet effet, afin qu’ils puissent s’engager dans des parcours de formation appropriés de manière flexible et accessible. À cet égard, le cadre rigide du Deal pour l’emploi constitue davantage un frein qu’un incitant.

Une connaissance limitée du néerlandais représente aussi un obstacle supplémentaire pour les employeurs lors du recrutement, certainement dans les secteurs où une connaissance de base du néerlandais constitue un prérequis.

Inadéquation entre les employeurs et les services de l’emploi

Il s’avère souvent que les entreprises ne connaissent pas suffisamment le fonctionnement, les procédures et les conditions de l’intermédiation interrégionale, comme le montrent également plusieurs enquêtes. Or les listes des métiers en pénurie des différentes régions convergent de plus en plus, ce qui indique qu’une coopération plus étroite et un échange d’informations sont nécessaires. Des restrictions étant de plus en plus imposées à la migration de main-d’œuvre, il est d’autant plus important de fournir les services nécessaires – y compris au-delà des frontières régionales – pour aider les entreprises à pourvoir leurs postes vacants.

Selon le rapport du Sénat, les employeurs de Flandre ont du mal à accéder aux services wallons et bruxellois, et vice versa. Les chiffres montrent cependant que 53 % des postes vacants en Belgique se trouvent en Flandre, contre 31 % en Wallonie et 16 % à Bruxelles. Le fait que seulement 2 % des demandeurs d’emploi postulent effectivement au-delà des frontières régionales traduit une inadéquation gigantesque.

Nécessité d’une activation renforcée et d’une formation proactive

Notre pays a besoin d’une politique d’activation plus forte pour orienter davantage de personnes vers le marché du travail.

Enfin, les employeurs préconisent d’accroître les efforts d’activation. Pour la FEB, la décision du gouvernement fédéral de limiter les allocations de chômage dans le temps est une étape nécessaire importante. Parallèlement à cette intervention, des politiques d’activation et d’encadrement plus fortes au niveau régional sont nécessaires pour accompagner les personnes vers le marché du travail. Le perfectionnement des compétences (upskilling) et la reconversion (reskilling) (déjà durant la période de chômage) pour les profils qui correspondent plus difficilement aux compétences recherchées doivent aussi faire partie de l’accompagnement actif. Pour ce faire, les services publics peuvent collaborer avec des acteurs du secteur privé : il existe par exemple déjà des parcours de formation organisés au niveau des secteurs. Un suivi rapide revêt également une importance cruciale : plus tôt il intervient, mieux c’est.

Il n’y a pas que les services de l’emploi (publics et commerciaux) qui doivent jouer un rôle actif. D’autres acteurs, comme les CPAS, peuvent en effet aussi collaborer avec ces services pour orienter les personnes concernées vers le marché du travail.

Enfin, il convient d’aborder le taux d’inactivité élevé dans le cadre de cet exercice. L’activation des demandeurs d’emploi ne suffit pas pour pourvoir les nombreux postes vacants.

  1. 1 Chiffres : Statbel ↩︎

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A propos des auteurs
Ineke De Bisschop
Centre de compétence Emploi & Sécurité sociale