Dernièrement, les tensions géopolitiques et militaires au Moyen-Orient ont constitué une source d’incertitude majeure pour l’économie mondiale, principalement en raison des perturbations affectant les secteurs énergétique et logistique. Cette situation instable illustre une fois de plus la vulnérabilité persistante des chaînes de commerce et de production internationales face aux conflits dans cette région stratégique.
Énergie et carburants : pas encore de pénuries, mais des fluctuations de prix persistantes
Les premières conséquences du conflit au Moyen-Orient — le blocage du détroit d’Ormuz et l’endommagement des infrastructures de production pétrolière et gazière — n’ont jusqu’ici pas eu d’incidence directe sur l’approvisionnement énergétique européen. Cela s’explique notamment par une diminution de la consommation de gaz au sein de l’UE et par une diversification accrue des fournisseurs. Les prix de l’énergie et des carburants, en revanche, restent particulièrement sensibles aux évolutions géopolitiques. Les marchés du pétrole et du gaz réagissent rapidement aux nouveaux incidents, ce qui se traduit à très court terme par des fluctuations de prix marquées.
Cette volatilité se reflète également dans la flambée des prix des carburants, en particulier du diesel et du kérosène. Les secteurs du transport, de la logistique et les industries à forte intensité énergétique en ressentent rapidement les effets. En raison de l’augmentation des coûts de transport et de production, ces hausses de prix peuvent en outre se propager plus largement dans l’économie, notamment à travers les prix de l’électricité et des marchandises.
Les tensions géopolitiques exercent une pression sur les prix de l’énergie, la logistique et la compétitivité des entreprises.
Une logistique sous tension
Le Moyen-Orient joue un rôle clé dans le transport international. L’accroissement des risques de sécurité autour du détroit d’Ormuz, de la mer Rouge et du canal de Suez peut entraîner des déviations, le rallongement des durées de navigation et l’augmentation des coûts pour le transport maritime et aérien. De telles perturbations se répercutent sur les chaînes de valeur internationales et affectent tant l’industrie que le commerce. Par ailleurs, les prix de transport en hausse et l’adaptation des conditions d’assurance renforcent l’incertitude et augmentent structurellement la base de coûts des entreprises.
Un impact plus large sur l’industrie et les prix
Outre l’énergie et le transport, divers flux industriels entrants restent sensibles à l’augmentation des risques. Les matières premières, telles que les engrais, les métaux et les matériaux spécialisés, peuvent être confrontées à des hausses de prix et à des risques d’approvisionnement. Au niveau de l’agriculture et de la production alimentaire, cela engendre des coûts plus élevés, susceptibles de se répercuter à terme sur les prix à la consommation.
En cas de conflit prolongé ou de nouvelles escalades, des conséquences plus durables pourraient toutefois se manifester, notamment une inflation plus élevée, une pression accrue sur la compétitivité internationale et une réticence à investir. Pour la Belgique, ces hausses de coûts internationales, combinées à l’indexation automatique des salaires et à des coûts du travail déjà élevés, peuvent alourdir les répercussions et réduire la marge de manœuvre des entreprises. Cela souligne l’importance, pour l’Europe, de disposer d’une énergie abordable, de voies logistiques robustes et de chaînes d’approvisionnement résilientes et diversifiées.
À la mi-avril, le FMI a publié la toute nouvelle édition de son rapport « Perspectives de l’économie mondiale » (World Economic Outlook). Compte tenu de la forte incertitude géopolitique, plusieurs scénarios y sont envisagés1. Les conséquences régionales du conflit diffèrent fortement pour chacun d’eux. Les répercussions les plus négatives en matière de croissance et d’inflation sont attendues pour l’Europe, le Moyen-Orient et l’Afrique du Nord. Le statut de l’Europe en tant qu’importateur net de combustibles fossiles joue un rôle déterminant à cet égard.

- 1. Selon le scénario le plus optimiste, la croissance mondiale s’établirait cette année à 3,1 %, ce qui représente une baisse de 0,2 point de pourcentage par rapport à la prévision du rapport « Perspectives de l’économie mondiale » de janvier. Dans le scénario le plus pessimiste, la croissance mondiale passerait sous la barre des 2 %, seuil à partir duquel le FMI parle de récession mondiale. ↩︎
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