Actualités • 14 mai 2025

Les talents internationaux, un levier pour un marché du travail tourné vers l’avenir

Le marché du travail s’essouffle : les métiers en pénurie se multiplient, le taux de vacance belge est depuis des années le plus élevé d’Europe et le vieillissement de la population s’accélère. Dans le même temps, les autorités régionales elles-mêmes évoquent les difficultés à attirer des talents internationaux.

Dans cette optique, l’OCDE, en collaboration avec la Commission européenne, a publié le rapport « Improving the Economic Migration Framework to Attract and Retain Qualified Talent in Flanders ». Un rapport similaire est attendu pour la Wallonie. L’OCDE ne propose pas de solutions rapides, mais offre un diagnostic précis et une boussole stratégique pour attirer et retenir les talents internationaux.

Le diagnostic : beaucoup de potentiel, mais une mise en œuvre insuffisante

Bien que la Flandre soit théoriquement ouverte à la migration économique, il reste du chemin à parcourir en pratique. Sur la base notamment de nombreuses contributions de diverses parties prenantes, dont la FEB, des fédérations sectorielles et des entreprises individuelles, l’OCDE identifie un certain nombre d’obstacles structurels :

  • Procédures complexes et lentes : L’obtention du permis combiné (comprenant à la fois le permis de séjour (fédéral) et le permis de travail (régional)) reste ardue sur le plan administratif. Le temps de traitement reste trop long et constitue donc un obstacle, surtout dans les secteurs compétitifs où la vitesse est cruciale ou pour les emplois de courte durée. De même, les informations sur le permis unique sont encore trop fragmentées sur différents sites web, ce qui est source de confusion pour les employeurs.
  • Fragmentation des compétences : La politique de migration est répartie entre différents niveaux de pouvoir (fédéral, régional, local), ce qui entraîne de la confusion, des retards et un manque de régie.
  • Reconnaissance limitée des qualifications étrangères : Les diplômes et l’expérience acquis à l’étranger ne sont pas toujours validés ou reconnus, ce qui contraint souvent les migrants hautement qualifiés à travailler en dessous de leur niveau.
  • Accent insuffisant sur la rétention : Attirer la main-d’œuvre n’est que la première étape. Si l’on ne prête pas attention à l’intégration, au logement, au regroupement familial, à l’enseignement de la langue et à l’accompagnement de carrière, les talents risquent d’émigrer ailleurs.

D’une politique migratoire réactive à une politique migratoire stratégique

Attirer et retenir les talents internationaux n’est pas une fin en soi, mais un moyen de rester résilient, innovant et prospère.

L’OCDE appelle à un changement de paradigme. La migration économique ne doit plus être considérée comme une solution d’urgence, mais comme un outil stratégique dans le cadre plus large de la politique du marché du travail et de la politique économique. Voici quelques-unes des principales recommandations :

1. Accélérer et simplifier les procédures
  • Numériser et rationaliser les procédures de demande de migration économique, en tentant plus particulièrement d’accélérer le délai de traitement du permis combiné (permis de travail et de séjour).
  • Introduire des délais clairs pour les décisions, afin que les employeurs et les migrants sachent à quoi s’en tenir.
  • Créer un point d’information central pour toutes les procédures liées à la migration (guichet unique), accessible à la fois aux employeurs belges et aux travailleurs étrangers.
2. Recruter des talents de manière plus stratégique
  • Développer une stratégie proactive en matière de talents, en ciblant les secteurs souffrant de pénuries structurelles.
  • Mener des campagnes internationales ciblées dans les pays présentant un surplus de profils adéquats (par exemple, TIC, soins, technologie).
  • Coopérer avec les réseaux de la diaspora et les universités étrangères pour présenter la Flandre comme une destination attrayante.
3. Renforcer la collaboration avec les employeurs
  • Impliquer les organisations sectorielles et les employeurs dans l’établissement des listes de migration et l’évaluation des métiers en pénurie.
  • Favoriser le travail sur mesure, par exemple par le biais de projets pilotes de migration sectoriels.
  • Fournir un accompagnement et un soutien aux employeurs pour le recrutement et l’intégration de talents internationaux.
4. Améliorer la reconnaissance des qualifications étrangères :
  • Accélérer et simplifier les procédures de reconnaissance, en particulier pour les professions réglementées.
  • Développer des moyens alternatifs d’évaluer les compétences, tels que des tests basés sur la pratique ou des évaluations de portefeuille.
  • Garantir la transparence de la trajectoire de reconnaissance, tant pour les migrants que pour les employeurs.
5. Mettre l’accent sur la rétention et l’intégration
  • Investir dans l’enseignement des langues, l’accompagnement professionnel et l’accès aux services de base tels que le logement et la garde d’enfants.
  • Accorder de l’attention à la famille du travailleur migrant, afin que son partenaire et ses enfants soient également bien intégrés.
  • Soutenir le développement de la carrière des migrants par le biais du mentorat, de la formation et de l’accompagnement vers des emplois qualifiés.
6. Améliorer la coordination et la gouvernance
  • Désigner un organe de coordination responsable de la politique globale en matière de migration économique, afin d’éviter la fragmentation entre les différents niveaux et domaines politiques.
  • Renforcer la coopération entre les niveaux fédéral et flamand, par exemple en matière de politique des visas et de sécurité sociale.
  • Utiliser les données et le suivi pour évaluer et ajuster en permanence la politique menée.

La Flandre, et notre pays en général, possède de nombreux atouts pour attirer des talents étrangers. Mais pour être compétitif dans la guerre mondiale des talents, il faut une politique audacieuse et tournée vers l’avenir. L’OCDE formule des recommandations claires à cet effet. Il est temps maintenant de les convertir en une politique concrète, couvrant divers niveaux et domaines politiques, en collaboration avec toutes les parties prenantes et en mettant l’accent sur la rapidité, la transparence et l’inclusion. On attend également l’analyse et les recommandations pour la Wallonie. Attirer et retenir les talents internationaux n’est pas une fin en soi, mais un moyen de rester résilient, innovant et prospère.

Vous pouvez lire le rapport complet de l’OCDE ici (PDF).

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A propos des auteurs
Ineke De Bisschop
Centre de compétence Emploi & Sécurité sociale