Trois ans après l’invasion de l’Ukraine par la Russie, l’incertitude persiste. Le sommet de l’OTAN qui s’est tenu les 24 et 25 juin à La Haye a été dominé par les grands bouleversements géopolitiques en cours et par les nouvelles relations transatlantiques au sein de l’alliance. L’Europe est à la croisée des chemins et devra investir dans sa propre défense, mais aussi dans l’industrie y afférente, afin de devenir plus résiliente et de pouvoir garantir notre sécurité. Notre économie est elle aussi appelée à devenir plus robuste.
En marge du sommet de l’OTAN, une rencontre s’est tenue à l’initiative de nos homologues néerlandais de la VNO-NCW (la plus grande organisation d’employeurs des Pays-Bas). Au cœur des échanges : la résilience économique et les perspectives qui se dessinent pour le monde des entreprises. Une réunion aussi importante que nécessaire, alors que l’accord de principe conclu par les pays de l’OTAN sur une nouvelle norme en matière de dépenses de défense promet d’avoir un impact majeur sur notre tissu économique.
Satisfaire à cette norme qui oblige les pays à consacrer 5% de leur produit intérieur brut (PIB) à la défense peut, de prime abord, sembler ambitieux. Pourtant, ces investissements profiteront également aux citoyens et aux entreprises. Trop souvent encore, l’industrie de la défense est réduite aux entreprises qui fabriquent exclusivement des produits à des fins militaires. Une vision bien réductrice. En réalité, un écosystème d’entreprises bien plus large gravite autour d’un noyau d’entreprises qui mettent au point des produits pour des usages militaires.
Il ne faut pas non plus perdre de vue que nombre de technologies de sécurité, au-delà de leurs applications militaires, trouvent aussi des applications civiles. Ces innovations militaires dites « à double usage » ont, par le passé, révolutionné notre quotidien : l’ordinateur, l’internet, le GPS, les fours à micro-ondes et le ruban adhésif en découlent. Une industrie de la défense en pleine croissance pourrait, demain encore, être à l’origine d’innovations qui façonneront notre monde dans les décennies à venir.
Jusqu’à plus de 8000 emplois supplémentaires
Selon les calculs réalisés plus tôt cette année par le service d’étude d’Agoria1, si l’industrie belge de la défense suit la tendance de croissance attendue au niveau mondial, elle pourrait doubler de taille au cours des huit prochaines années. À cette échéance, en 2034, nous parlerons alors d’un chiffre d’affaires estimé à plus de 10 milliards EUR pour l’industrie belge de la défense et de la sécurité. Si l’industrie parvient à doubler de taille, elle pourrait aussi créer, dans un même mouvement, jusqu’à plus de 4000 emplois directs et autant d’emplois indirects.
Pour atteindre cet objectif de croissance, une collaboration plus structurelle entre les pouvoirs publics, l’industrie et les centres de connaissance s’impose. L’OTAN souhaite encourager les initiatives conjointes en matière de recherche et d’innovation. Cela peut se faire notamment par le biais de partenariats public-privé. Néanmoins, pour que ces synergies portent leurs fruits, encore faut-il que les pouvoirs publics fassent preuve d’une transparence accrue quant à leurs besoins futurs, de sorte que les entreprises puissent mieux anticiper.
L’OTAN entend également miser sur la standardisation et l’interopérabilité, avec l’objectif de renforcer la coopération entre les États membres, tant sur le terrain que dans leurs processus de production. Lors de la rencontre organisée par la VNO-NCW, le ministre néerlandais de la Défense, Ruben Brekelmans, a qualifié la coopération belgo-néerlandaise dans ce domaine de « cas d’école ».
Ce que nous investissons aujourd’hui dans l’innovation, les talents et la sécurité, nous le récolterons demain sous forme de prospérité, d’emplois et de stabilité.
Investir dans la formation
Une industrie de défense forte et avancée sur le plan technologique repose avant tout sur un personnel bien formé doté de compétences durables. Investir dans la formation est dès lors essentiel. Pensez notamment aux programmes visant à attirer les meilleurs talents dans des domaines tels que l’ingénierie, la cybersécurité ou encore la technologie des données. En assurant un afflux continu de profils hautement qualifiés, les entreprises peuvent répondre aux exigences toujours plus complexes des systèmes de défense modernes et l’Europe est en mesure de maintenir sa compétitivité sur l’échiquier mondial.
Ainsi, il est primordial de ne pas considérer les investissements dans la défense comme un simple poste de dépense, mais bien comme un choix stratégique rentable, tant sur le plan économique que social. Ce que nous investissons aujourd’hui dans l’innovation, les talents et la sécurité, nous le récolterons demain sous forme de prospérité, d’emplois et de stabilité. Dans ce cadre, la fédération européenne des employeurs BusinessEurope a publié une déclaration d’ambition au nom de ses membres, parmi lesquels figure la Fédération des entreprises de Belgique. Vous pouvez consulter cette déclaration ici
Lire plus d'articles sur:

