À la une cette semaine : le gouvernement Trump interdit aux utilisateurs étrangers d’accéder aux deux modèles d’IA les plus puissants d’Anthropic. Pas pour des raisons économiques cette fois, mais à cause d’une faille potentielle en matière de sécurité. Cette intervention radicale confirme une fois de plus la crainte justifiée que les cybercriminels sont capables de perturber, voire de paralyser, une administration publique, une entreprise ou toute une société.
La cybercriminalité devient tentaculaire
Cela prouve également que la cybercriminalité ne se résume plus depuis longtemps à un simple problème informatique : il s’agit désormais d’un enjeu stratégique, d’une question de continuité des activités, de réputation et de prise de décisions sous une pression immense. Pour les entreprises et les organisations, il ne suffit pas de mettre en œuvre le NIS 2 et de se conformer à la réglementation pour éviter une amende. La cybercriminalité menace l’existence même de nos entreprises. C’est pourquoi nous nous mobilisons aux côtés d’une série de partenaires, tels que Febelfin, le Centre pour la cybersécurité, la Police fédérale, le Centre national de crise…
La question est de savoir comment nous pouvons nous défendre. Notez bien le verbe utilisé. « Se défendre » va plus loin que la simple protection, car celle-ci relève presque de l’utopie quand on constate, par exemple, l’ampleur massive de l’augmentation de la fraude en ligne : selon le SPF Économie, celle-ci représente près de 85 % de tous les cas de cybercriminalité enregistrés en 2023 (Fraude en ligne : la prévention est un réflexe de gestion). Et ce qui m’inquiète surtout, c’est la professionnalisation croissante des fraudeurs. Il ne s’agit plus de cas sporadiques d’escroquerie manifestes et faciles à repérer. Mais de professionnels qui observent, analysent, imitent et manipulent.
La criminalité s’organise comme une entreprise dotée d’un modèle économique, avec des clients et des partenaires, un plan marketing et des objectifs de chiffre d’affaires. Leurs victimes font partie d’un marché économique, criminel où la cybercriminalité n’est plus une affaire de savoir-faire, mais une production de masse à l’échelle mondiale, avec l’IA comme levier.
La contre-attaque
Lors d’une récente réunion de notre Comité stratégique, Catherine De Bolle, ancienne directrice d’Europol, a mis le doigt sur le cœur du problème. Ce n’est pas seulement la technologie qui fait la différence. Quiconque souhaite se défendre aujourd’hui doit en fait revoir son questionnement :
- Pas : Sommes-nous protégés ? Mais bien : Avec quelle rapidité constate-t-on un problème ?
- Pas : Qui est responsable ? Mais bien : Qui prendra une décision dans les 30 premières minutes ?
- Pas : Disposons-nous d’un plan ? Mais bien : Avons-nous déjà testé ce plan ?
Avec sa campagne BE PREPARED, la FEB incite les entreprises à changer leur fusil d’épaule. Elle les encourage à traiter la cybercriminalité comme un sujet relevant de la direction, et pas exclusivement comme un problème IT. À investir dans la détection et la rapidité, et pas seulement dans la protection préventive. Les entreprises résilientes comprennent que leurs collaborateurs ne constituent pas une faiblesse, mais leur première ligne de défense.
Collaboration public-privé
La réalité ne doit pas nous paralyser. Et par « nous », j’entends toutes les parties prenantes. La contre-attaque suppose en effet une responsabilité partagée entre le public et le privé. Les entreprises ont besoin de prévisibilité et de sécurité juridique quant à « qui fait quoi » et « comment ». Nous devons éviter que les pouvoirs publics prennent des mesures top-down, sans concertation préalable des acteurs économiques. La cohérence et la cohésion sont cruciales à cet égard.
Voir plus vite, décider plus vite, agir plus vite. De nos jours, les cyberattaques sont inévitables. Mais se laisser surprendre… c’est un choix que vous ne voulez certainement pas faire.
