Le rapport annuel de la Banque nationale de Belgique1 montre une forte dégradation des finances publiques. Les mesures actuelles d’assainissement ne suffiront pas. Pour remettre la Belgique sur une trajectoire budgétaire saine, il faudra mener de vraies réformes qui renforcent la compétitivité des entreprises et l’emploi.
Les finances publiques belges mises à mal
Selon les chiffres du dernier rapport annuel de la BNB, les finances publiques belges se sont nettement détériorées en 2025. Le taux d’endettement a progressé de 3,5 points de pourcentage pour atteindre 107,4 %.
Le déficit budgétaire − c’est‑à‑dire la différence entre les recettes et les dépenses publiques − s’élève désormais à 5,3 % du PIB, soit 34 milliards d’euros. Il s’est donc aggravé de 0,9 point de pourcentage entre 2024 et 2025.
Les trois quarts de cette dégradation sont dus à une baisse des recettes, tandis que les 25 % restants s’expliquent par une hausse des dépenses (hors charges d’intérêt), notamment en raison des nouvelles exigences en matière de dépenses de défense imposées par l’OTAN.

Les mesures actuelles d’assainissement ne suffisent pas à rétablir une trajectoire viable
S’agissant de la soutenabilité des finances publiques à moyen terme, les mesures d’assainissement prévues par le gouvernement − essentiellement des économies sur les dépenses − ne suffiront pas à ramener le déficit à 3 % du PIB d’ici 2029, ni à stabiliser le taux d’endettement à son niveau de 2025.
En effet, selon les estimations de la BNB, du côté des dépenses, le coût budgétaire du vieillissement annule en grande partie les efforts réalisés en matière de pensions et de chômage. Par ailleurs, la légère augmentation des recettes est compensée par d’autres facteurs, d’autant plus que la hausse de la TVA sur le loisir et le take‑away a été abandonnée. Enfin, la BNB estime que les effets retour intégrés dans le plan budgétaire structurel à moyen terme seraient nettement plus faibles que prévu, en raison d’une compression attendue de la consommation − et donc du PIB − ainsi que d’un impact limité sur l’offre de travail.
Au total, le rapport conclut que les mesures d’assainissement prévues pourraient tout au plus stabiliser le solde budgétaire hors charges d’intérêts, sans toutefois permettre de l’améliorer. À cela s’ajoute l’augmentation attendue des charges d’intérêts, ce qui implique que le taux d’endettement ne se stabiliserait pas à moyen terme. Si les marchés financiers anticipent cette trajectoire, la note de la dette publique pourrait être dégradée, entraînant une hausse des taux d’intérêt et des primes de risque, et l’enclenchement d’un effet boule de neige2.
Ce dernier pourrait être encore renforcé si le conflit au Moyen‑Orient venait à se prolonger. En effet, si le choc énergétique actuel devait durer, il risquerait de s’ancrer dans les anticipations d’inflation, maintenant les taux d’intérêt à un niveau d’autant plus élevé et accentuant le risque d’un emballement des charges d’intérêts.

Compétitivité et emploi : des réformes structurelles indispensables
Si le gouvernement veut réellement ramener les finances publiques sur une trajectoire soutenable à moyen terme et éviter l’emballement des charges d’intérêts, il devra adopter des mesures supplémentaires pour ramener le déficit budgétaire à 3 % et stabiliser son ratio dette‑PIB à son niveau actuel.
Pour ce faire, réformes budgétaires et macroéconomiques devront aller de pair. Les principaux leviers à actionner restent indéniablement l’accroissement de la productivité et le relèvement du taux d’emploi. Des mesures structurelles visant à renforcer la compétitivité et donc soutenir l’offre de travail sont indispensables pour atteindre les objectifs budgétaires fixés par la coalition Arizona.
- 1. Rapport 2025 de la BNB ↩︎
- 2. Quand les taux d’intérêt sur la dette sont très élevés, la croissance de l’économie ne suffit plus toujours à permettre à l’État de financer ses charges d’intérêt grâce à ses recettes publiques. Dans ce cas, il est contraint d’emprunter pour payer ces intérêts, ce qui augmente encore sa dette et renchérit le coût de son financement. Il s’ensuit alors un emballement progressif des charges d’intérêt. C’est ce qu’on appelle l’“effet boule de neige”. ↩︎
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