Actualités • 13 mars 2025

Industrie européenne : le verre est à moitié plein, mais...

La part de la valeur ajoutée de l’industrie dans l’économie européenne est en baisse. Quelle en est la principale cause ? Et comment pouvons-nous arrêter cette contraction économique ? Jean-François van Boxmeer, président de l’influent groupe de réflexion industriel European Round Table for Industry (ERT), a fait part de ses réflexions aux chefs d’entreprise lors du comité stratégique de la FEB.

© Triptyque

Chez Heineken, Jean-François van Boxmeer a été l’un des CEO le plus longtemps en poste d’Europe. Ce Malinois de 64 ans est aujourd’hui à la fois président de l’opérateur de télécommunications britannique Vodafone et de la Table ronde des industriels européens (ERT), un groupe de réflexion qui regroupe 61 capitaines issus des secteurs industriel et technologique en Europe.

L’Europe dérive par rapport aux États-Unis et à la Chine

En tant que président de l’ERT, il a souligné trois facteurs qui font que l’Europe dérive par rapport aux autres grandes puissances économiques :

  • 1. En 2000, l’Europe représentait encore 22,5 % de la production industrielle mondiale, les États-Unis 21 % et la Chine 10 %. Vingt ans plus tard, l’Europe est tombée à 14,5 %, contre 16 % pour les USA et 28 % pour la Chine. Et le fossé ne cesse de se creuser. « Ce n’est pas la Chine qui représente la plus grande menace – l’Europe profite de l’ouverture du marché chinois – mais l’Europe elle-même, qui crée une réglementation qui inhibe sa croissance potentielle. »
  • 2. Les prix de l’énergie en Europe dépassent largement ceux des États-Unis. « Ces prix élevés ont fortement incité l’industrie à devenir plus économe et plus efficace sur le plan énergétique, mais l’écart est devenu si important que les industries à forte consommation d’énergie quittent l’Europe. »
  • 3. L’écart entre l’Europe et les États-Unis a continué à se creuser au cours des deux dernières décennies. Alors que l’économie européenne s’ouvrait de plus en plus, les États-Unis se repliaient de plus en plus sur leur propre marché interne. « Grâce au moteur de croissance de son marché intérieur, le président Trump peut mener aujourd’hui une guerre tarifaire qui provoque moins de dommages collatéraux. »

Le verre est à moitié plein. L’Europe dispose (pour le moment) encore de beaucoup d’atouts, mais il est temps de les exploiter de manière beaucoup plus intensive.

Restaurer la croissance économique

La question reste de savoir si et comment nous pouvons remédier au handicap concurrentiel de l’Europe. M. van Boxmeer demeure optimiste : « Le verre est à moitié plein. L’Europe dispose (pour le moment) encore de beaucoup d’opportunités et d’atouts, mais il est urgent de les exploiter de manière beaucoup plus intensive pour remettre notre croissance économique sur les rails. » Ces opportunités se situent sur trois axes :

  • 1. La possibilité de ramener les prix élevés de l’énergie à un niveau abordable, étant donné que ces prix sont principalement gonflés par des taxes et des impôts, et moins par le coût de l’énergie primaire.
  • 2. La capacité d’innovation de l’Europe est solide, mais nous ne pouvons pas nous permettre de voir nos forces diminuer. En effet, ce n’est pas tant le coût de l’innovation qui est déterminant, mais plutôt la qualité des compétences et des connaissances des personnes. Et la manière dont nous convertissons les résultats de la R&D en croissance économique concrète.
  • 2. L’engagement européen dans l’écosystème numérique. Et ce, au niveau tant des logiciels que du matériel (puces). Nous avons joué et pouvons continuer à jouer un rôle dans ce domaine à condition que nous continuions à investir dans les développements numériques.

Actions concrètes

La bonne nouvelle, c’est que le « politique » a bien compris le message, grâce notamment aux rapports d’Enrico Letta (« Much more than a market ») et de Mario Draghi (« The future of European competitiveness »). « C’est déjà un obstacle de moins. Il importe maintenant de traduire les bonnes intentions et les stratégies en actions concrètes dès aujourd’hui, sans attendre. En outre, il est extrêmement important que le monde des affaires, en l’occurrence l’industrie, participe à la réflexion et propose des solutions viables et ne s’en remette pas totalement à la primauté du politique. »

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A propos des auteurs
Stefan Maes
Communication & Events