Selon une étude de la Banque nationale (BNB), l’Espagne, le Portugal et la Grèce ont enregistré ces dernières années des performances nettement meilleures que les pays formant traditionnellement le noyau de la zone euro, dont la Belgique. Il y a dix ans, ces pays incarnaient encore la fragilité économique. Aujourd’hui, ils parviennent à concilier croissance plus forte et budget plus sain. En quoi font-ils mieux que notre pays ?
La crise de la dette des années 2010 a clairement montré à quel point une situation économique devient dangereuse lorsque la croissance repose principalement sur la consommation, l’immobilier ou les déficits publics. L’Espagne, le Portugal et la Grèce ont mené des réformes en profondeur dans les domaines du marché du travail, de la compétitivité, des finances publiques et de la stabilité financière. Ces mesures ont permis de rétablir la confiance des investisseurs, d’améliorer les résultats à l’exportation et, en fin de compte, de renforcer la croissance économique.
Le défi belge
Pour la Belgique, le message s’avère particulièrement pertinent. L’étude montre qu’une croissance économique durable ne peut reposer uniquement sur des mesures de relance temporaires ou sur des dépenses publiques supplémentaires. Sans réformes structurelles, nous ne pouvons pas renforcer le potentiel de croissance d’une économie. Appliqué à notre pays, cela implique principalement ce qui suit :
1. Mettre la compétitivité au cœur des préoccupations
Les pays d’Europe du Sud ont retrouvé leur compétitivité en maîtrisant mieux leurs coûts salariaux et en stimulant une croissance axée sur les exportations. Après la crise de la dette, l’Espagne, le Portugal et la Grèce ont mis en œuvre des réformes de grande envergure, telles que :
– un lien plus étroit entre la formation des salaires et la croissance de la productivité ;
– une limitation des augmentations salariales automatiques ;
– une réforme des négociations salariales collectives ;
– des marchés du travail plus flexibles ;
– des incitants importants en faveur de l’allongement des carrières.
La Belgique doit elle aussi rester vigilante face à son handicap en matière de coûts salariaux et miser sur des investissements visant à accroître la productivité. Notre économie est en effet confrontée à un handicap structurel en termes de coûts par rapport à nos principaux concurrents européens. Un maintien strict de la compétitivité, associé à des investissements dans l’innovation, la digitalisation et la recherche et le développement, est essentiel pour soutenir la croissance des exportations et les gains de productivité. La reprise en Europe méridionale a été en grande partie soutenue par un rétablissement de la compétitivité au niveau international.
2. Les réformes, ça paie
Les réformes du marché du travail, l’augmentation du taux d’emploi et une administration plus efficace ont considérablement contribué à renforcer le potentiel de croissance en Espagne, au Portugal et en Grèce. Les réformes prévues dans l’accord de gouvernement belge doivent donc être mises en œuvre rapidement et de manière cohérente.
La durabilité budgétaire n’est pas un frein, mais une condition préalable à la croissance.
3. Assainissement budgétaire et croissance ne sont pas incompatibles
La Belgique ne peut pas se permettre de laisser son taux d’endettement continuer à augmenter. Un assainissement budgétaire progressif mais structurel est nécessaire pour maîtriser les charges d’intérêts et dégager une marge de manœuvre budgétaire en vue de relever les défis à venir, tels que la défense, le vieillissement de la population et les investissements. Les pays d’Europe du Sud démontrent qu’une politique budgétaire crédible renforce la confiance des investisseurs et peut réduire les coûts de financement.
Leçon à retenir
Pour la Belgique, la leçon est claire : sans réformes structurelles, notre économie risque de continuer à perdre du terrain. C’est grâce à des réformes bien étudiées et menées avec détermination que nous pourrons retrouver la voie d’une croissance durable.
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