Actualités • 03 décembre 2025

Supply chains in flux. Pourquoi les entreprises et les décideurs politiques doivent-ils agir maintenant ?

(Basé sur une contribution de Dennis Essers, Banque nationale de Belgique)

Les chaînes d’approvisionnement internationales sont sous pression. La mondialisation, qui a été pendant des années un moteur de croissance et de prospérité, se heurte à ses limites en raison des tensions géopolitiques, du protectionnisme et des crises successives. Pourtant, il est plutôt question d’une « slowbalisation » (ralentissement de la mondialisation) que d’une démondialisation totale. Cette tendance oblige les entreprises et les décideurs politiques à opérer des choix stratégiques qui ne peuvent plus être repoussés.

De la croissance à la fragmentation

Pendant des décennies, la mondialisation a été source de gains d’efficacité et de prospérité, mais ce modèle ne tient plus la route. Les coûts salariaux convergent à l’échelle mondiale, ce qui réduit l’avantage d’une production dispersée. Dans le même temps, l’essor de la Chine et d’autres pays émergents modifie les rapports de force et alimente les préoccupations stratégiques. L’« hypermondialisation » a également fait des perdants : l’automatisation et les délocalisations ont coûté des emplois à l’Occident, ce qui a réduit le soutien au libre-échange et alimenté le protectionnisme.

À cela se sont ajoutés les chocs : le Brexit, les guerres commerciales, le Covid-19, l’invasion russe de l’Ukraine et, à présent, une nouvelle vague de protectionnisme avec Trump à la Maison-Blanche. Malgré tout, le commerce mondial n’a pas diminué depuis 2008, mais a stagné. Nous parlons de « slowbalisation » plutôt que de « démondialisation » (voir le graphique à gauche). Nous constatons cependant une fragmentation : le commerce se fait de plus en plus entre des pays géopolitiquement alignés plutôt qu’entre des blocs rivaux. La Chine exporte moins vers les États-Unis, mais davantage vers l’Asie du Sud-Est. Quant à l’UE, elle s’est largement découplée de la Russie depuis 2022.

Dépendances stratégiques : directes et indirectes

Pour l’Europe, le défi est de taille. Malgré un découplage partiel de la Russie, la dépendance à l’égard de la Chine reste importante, en particulier pour les produits essentiels à la transition verte et numérique. On craint de plus en plus que les barrières érigées par les États-Unis contre la Chine ne poussent encore davantage ces marchandises vers l’Europe.

Les dépendances indirectes compliquent encore la situation : la production européenne peut dépendre de pièces provenant de toute façon de la Chine après avoir transité par des pays tiers. Ces chaînes sont difficiles à cartographier, mais des recherches menées au niveau des entreprises montrent que la vulnérabilité varie considérablement d’un pays à l’autre, d’un secteur à l’autre et même d’une entreprise à l’autre. Les grandes entreprises ont tendance à être plus dispersées, les petits acteurs beaucoup moins. Les importations de biens stratégiques de l’UE sont fortement concentrées sur la Chine (voir le graphique à droite).

Des choix qui ne peuvent plus attendre

Cette réalité oblige les décideurs politiques à faire des choix difficiles. Comment concilier prospérité économique et sécurité nationale ? Faut-il protéger les producteurs de la concurrence déloyale, sachant que cela fait augmenter les prix à la consommation ? L’Europe doit se fixer des priorités claires, mieux exploiter ses atouts internes et renforcer le marché unique. L’énergie, la digitalisation et la défense nécessitent une plus grande intégration, tandis que la diversification des échanges commerciaux et des politiques prévisibles demeurent cruciales. Les accords de libre-échange et un cadre réglementaire solide ne sont pas un luxe, mais une nécessité pour maintenir la position de l’Europe dans un monde fragmenté.

Les entreprises doivent également agir de manière stratégique. Faut-il continuer à miser sur la rentabilité pure ou opter pour la résilience et la flexibilité ? Quels sont les fournisseurs et les marchés indispensables ? Il est urgent de prendre des mesures, en cartographiant entièrement les chaînes d’approvisionnement au-delà des fournisseurs de première ligne, en adaptant l’analyse des risques et la planification des scénarios aux réalités géopolitiques et en adoptant la technologie afin d’accroître l’agilité. L’époque où la mondialisation allait de soi est révolue. Ceux qui n’anticipent pas aujourd’hui risquent d’être paralysés demain.

> Lisez l’article complet de Dennis Essers (BNB) dans notre dernier Focus International Trade.

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