L’Europe se trouve à la croisée des chemins. Alors que les États-Unis et la Chine roulent des mécaniques et provoquent de véritables bouleversements, l’Europe se pose en observatrice depuis la ligne de touche. Empêtré dans les divisions, les réglementations, les procédures et les obstacles, le continent, qui était autrefois un modèle d’ambition et de coopération, semble paralysé.
Les coûts énergétiques flambent, la bureaucratie ralentit les investissements et les entreprises sont en proie aux difficultés. Pourtant, le vieux continent ne peut aujourd’hui sombrer dans davantage de nombrilisme ou d’inertie. Le changement crée une dynamique. Pour l’Europe. Et pour notre pays.
Alors que les États-Unis et la Chine roulent des mécaniques et provoquent de véritables bouleversements, l’Europe se pose en observatrice depuis la ligne de touche.
La frénésie réglementaire comme substitut à la politique
Le marché intérieur européen croule sous son propre poids. La surréglementation et la fragmentation ont pour effet de créer 27 variantes d’une même règle, des charges supplémentaires et des interprétations qui entravent sérieusement la croissance transfrontalière.
Le problème est similaire en ce qui concerne le financement de l’innovation. Les ménages européens ont d’importants moyens financiers, mais les entreprises sont confrontées à un déficit de capitaux de croissance. Tant que l’Union des marchés de capitaux (Capital Markets Union) ne sera pas achevée, l’innovation en Europe restera sous-financée. Et l’autonomie stratégique de l’Europe demeurera un slogan dénué de substance.
L’Europe s’est écartée de sa trajectoire initiale et s’est perdue dans une frénésie réglementaire absurde et une microgestion, comme si elle pouvait se permettre économiquement le luxe d’ignorer le reste du monde.
Dans le domaine de l’énergie également, nous nous mettons des bâtons dans les roues. Au lieu d’un marché énergétique intégré affichant des prix stables et bénéficiant d’un approvisionnement fiable, les États membres s’accrochent à des systèmes nationaux, des subventions et des exceptions. Les entreprises européennes paient de ce fait beaucoup plus que leurs concurrents américains ou asiatiques. Aucune politique industrielle ne peut compenser ce handicap concurrentiel.
L’Europe s’est progressivement écartée de sa trajectoire et s’est perdue dans une frénésie réglementaire absurde et une microgestion, comme si elle pouvait se permettre économiquement le luxe d’ignorer le reste du monde. Cette époque est révolue.
Draghi et Letta montrent la voie
Mais les périodes de turbulences n’apportent pas que le chaos. Elles offrent aussi des opportunités. Les changements géopolitiques et les handicaps douloureusement évidents par rapport aux États-Unis et à la Chine sont le levier dont l’Europe a besoin pour inverser la tendance sur le plan économique.
Si nous voulons continuer à peser, il est temps d’arrêter de nous regarder le nombril et de revendiquer notre place sur la scène mondiale. Les différentes analyses qui sont sur la table, telles que les rapports Draghi et Letta, nous montrent la voie. Une intégration complète du marché intérieur, des accords commerciaux ambitieux et intelligemment négociés, qui ne nous obligent pas à nous renier mais nous offrent l’accès à d’importants nouveaux marchés tels que le Mercosur, et des projets transfrontaliers phares tels qu’Airbus donneraient aux entreprises européennes la force de frappe nécessaire pour exceller à l’échelle internationale.
Les périodes de turbulences n’apportent pas que le chaos. Elles offrent aussi des opportunités. Les changements géopolitiques sont le levier dont l’Europe a besoin pour inverser la tendance sur le plan économique.
Dans le même bateau
La Belgique doit elle aussi saisir cette dynamique. La dernière enquête conjoncturelle menée auprès de nos secteurs montre que nous pouvons nous attendre à une croissance économique de 1,1 %. Ce chiffre semble sain, mais il est très fragile. Notamment parce que cette croissance repose presque entièrement sur la consommation des ménages. Un seul choc externe ou un mauvais choix politique peut nous plonger dans une récession. La Belgique a besoin de résilience et de flexibilité, tant pour stimuler les investissements que pour relancer les exportations.
Les réformes promises pour renforcer la compétitivité doivent donc être mises en œuvre plus rapidement. Si nous voulons mettre notre pays sur la bonne voie, nous devons nous concentrer sans relâche au cours de la période à venir sur la compétitivité des coûts salariaux et sur l’accès aisé à une énergie abordable, et entamer une simplification administrative drastique.
Je ne dis pas cela à la légère. La Belgique souffre des mêmes maux que l’UE et, en meilleur élève de la classe, cherche généralement, lors de la transposition de la réglementation européenne, à être encore plus stricte que ce que l’Europe prescrit. C’est ce qu’on appelle le « gold plating ». Dans notre pays surréglementé, la pression réglementaire occupe carrément la troisième place dans la liste des handicaps concurrentiels dont souffrent nos entreprises. En réduisant les charges administratives et en évitant de nouvelles charges supplémentaires (dont la directive sur la transparence des rémunérations et le budget mobilité sont de parfaits contre-exemples), nous permettons tout simplement à nos entreprises de consacrer davantage de temps et de moyens à leur cœur de métier.
Moins de contraintes. Plus d’impact. Le moment est venu.
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