Qu’ont en commun les entreprises performantes ? Elles sont préparées ! Elles sont préparées à ce qui est prévisible. Mieux encore, elles sont également préparées aux risques moins prévisibles et invisibles, ainsi qu’aux transitions latentes susceptibles d’avoir un impact sur leur compétitivité future.
En résumé, elles sont préparées aux risques les plus divers. Dans l’aviation, une conjonction d’incidents est connue sous le nom de « modèle du gruyère » de James Reason. Celui-ci comparait les couches de défense d’une organisation à des tranches de fromage à trous. Une catastrophe ne survient que lorsque les failles présentes dans toutes ces couches viennent fortuitement à s’aligner. Autrement dit, les crises majeures au sein de systèmes complexes résultent d’une succession d’erreurs mineures. Il en va de même dans une entreprise, où la gouvernance constitue une barrière supplémentaire.
La gouvernance comme boussole face au risque
La question est la suivante : êtes-vous vraiment prêt à tenir bon face à une réalité économique nouvelle et complexe ? C’était également l’un des thèmes centraux du National Member Forum annuel de GUBERNA1, l’Institut belge des administrateurs. J’y ai souligné que la bonne gouvernance gagne en importance à mesure que l’incertitude augmente. Mais passer des intentions aux actes n’est pas toujours aussi évident.
La gouvernance permet d’éviter que les décisions soient prises dans la panique ou l’improvisation. Elle les fonde au contraire sur des responsabilités claires, des niveaux de tolérance au risque prédéfinis et des valeurs communes. La gouvernance constitue ainsi une boussole en temps de crise. Et la « preparedness », la préparation optimale aux crises, en fait partie intégrante.
Preparedness : êtes-vous vraiment préparé ?
C’est précisément en période de crise et d’instabilité que l’on voit si la gouvernance est un simple exercice sur papier ou un véritable levier de leadership et de confiance. Les exercices de crise, les simulations et les évaluations régulières rendent les procédures tangibles. Ils mettent en évidence les maillons faibles, fixent les responsabilités et renforcent la confiance entre le conseil d’administration, le management et les collaborateurs.
Dans une économie ouverte et fortement interconnectée comme la nôtre, la résilience d’une entreprise dépend non seulement de sa propre organisation, mais aussi de l’ensemble de son écosystème et de la manière dont les parties prenantes s’y soutiennent mutuellement.
Du plan de crise à la gouvernance de crise
Dans une économie fortement interconnectée, de nombreux risques se situent d’ailleurs en dehors des murs de l’entreprise. Il peut s’agir de dépendances à l’égard de fournisseurs, de marchés, de partenaires technologiques ou de matières premières critiques. C’est précisément pourquoi la diversification constitue un levier crucial de résilience. Faut-il pour autant éliminer toute dépendance ? Non. Mais il faut la cartographier clairement, en avoir conscience et tenter de la réduire dans la mesure du possible. De cette manière, la diversification apporte non seulement une réponse aux risques, mais devient également une source de flexibilité, de pouvoir de négociation et d’autonomie stratégique.
Une gouvernance solide et une bonne préparation font la différence entre réagir et tenir bon.
Les entreprises doivent donc passer de l’élaboration de plans de crise à une véritable gouvernance de crise. Cela signifie que la préparation ne doit pas être considérée comme une formalité annuelle, mais comme une mission permanente de gouvernance. Une entreprise qui connaît ses vulnérabilités, définit précisément les responsabilités et assure un suivi transversal des risques ne renforce pas seulement sa résilience en cas d’incident. Elle renforce aussi sa capacité d’action stratégique dans un environnement où l’incertitude est devenue structurelle.
1. Dans sa keynote prononcée lors du National Member Forum de GUBERNA le 30 septembre, Pieter Timmermans a approfondi ce thème et expliqué ce que fait la FEB pour aider les entreprises dans leur gestion des risques. Relire l’intervention de Pieter Timmermans au National Member Forum de GUBERNA.
