Actualités • 17 décembre 2025

Subsides aux entreprises : 6 milliards et non 25 milliards

Depuis plusieurs semaines, certains discours politiques et syndicaux affirment que l’État belge consacrerait chaque année près de 25 milliards d’euros de subsides aux entreprises. Présenté de cette manière, le chiffre est évidemment spectaculaire. Il alimente l’idée d’un soutien public massif, voire abusif, en faveur du secteur privé.

Cette affirmation repose sur une interprétation biaisée de l’étude récente de la Banque nationale de Belgique intitulée « Are government subsidies and investment grants to enterprises higher in Belgium? ». Or, une lecture attentive et une analyse détaillée des tableaux de cette étude révèlent une réalité beaucoup plus nuancée, et surtout très éloignée du récit qui circule aujourd’hui dans le débat public. Pour des raisons de disponibilité statistique, nous avons concentré l’analyse sur l’année 2023, dernière année pour laquelle l’ensemble des ventilations détaillées est disponible.

Une première part importante de ces subsides concerne les entreprises publiques, pour un montant d’un peu plus de 4 milliards d’euros, soit environ 17 % du total. Il s’agit principalement des interventions en faveur des transports publics et de la poste. Ces moyens financent des missions de service public structurellement déficitaires et ne peuvent en aucun cas être assimilés à des aides à la compétitivité du secteur privé.

La part la plus importante des subsides concerne les aides à finalité sociale, qui représentent près de 9 milliards d’euros, soit 37 % du total. Ces subsides à finalité sociale se décomposent en aides aux soins de santé et au secteur non marchand, en subventions aux titres-services ainsi qu’en une troisième composante liée à l’insertion professionnelle, la formation et l’accompagnement des personnes vulnérables. Nous sommes donc ici au cœur des politiques sociales au sens large, bien loin de l’idée d’un transfert massif de fonds publics vers les entreprises.

Verdissement, R&D et réduction du coût du travail

À ces deux grandes catégories s’ajoutent les subsides liés au verdissement de l’économie, pour un montant d’environ 2,2 milliards d’euros, soit un peu moins de 10 % du total. Ces moyens sont destinés à accompagner les investissements nécessaires à la transition énergétique et environnementale, dans des projets qui, pour beaucoup, ne sont pas encore rentables mais qui sont indispensables pour atteindre nos objectifs climatiques.

Ce n’est qu’après avoir exclu l’ensemble de ces postes que l’on peut réellement identifier les subsides destinés à soutenir directement la compétitivité et la croissance des entreprises privées. Ils représentent en 2023 un montant d’environ 6,3 milliards d’euros, soit à peine plus de 25 % du total. Ce soutien recouvre toutefois deux réalités très différentes. Les véritables aides directes aux projets économiques et à la recherche et développement, essentiellement d’origine régionale, ne représentent qu’environ 1 milliard d’euros. Les 5,3 milliards d’euros restants sont consacrés à des mécanismes de réduction du coût du travail via l’exonération partielle du versement du précompte professionnel, notamment pour les chercheurs, le travail de nuit, le travail en équipe et les premières embauches.

En rien un « cadeau » aux entreprises 

Ces dispositifs ne constituent en rien un « cadeau » aux entreprises ; elles sont un instrument de correction, strictement ciblé, d’un désavantage structurel majeur de l’économie belge, à savoir un niveau de coût salarial durablement supérieur à celui de nos principaux partenaires commerciaux. Dans le contexte actuel, marqué par l’explosion des prix de l’énergie, par des indexations salariales d’une ampleur inédite en très peu de temps, et par plusieurs années consécutives de pertes de parts de marché à l’exportation, ces mécanismes jouent un rôle absolument central dans la préservation de notre base industrielle, de l’emploi et des capacités d’investissement.

Non, la Belgique ne consacre pas 25 milliards d’euros par an à subventionner les entreprises privées.

Enfin, une dernière catégorie résiduelle d’un peu plus de 2 milliards d’euros regroupe des aides très spécifiques ou insuffisamment détaillées dans l’étude pour permettre une ventilation plus fine.

Cette décomposition montre très clairement que la grande majorité des montants aujourd’hui présentés comme des « subsides aux entreprises » financent en réalité des politiques publiques, sociales et de transition écologique, ainsi que le fonctionnement d’entreprises publiques. Le débat public mérite mieux que des chiffres brandis sans contexte. Non, la Belgique ne consacre pas 25 milliards d’euros par an à subventionner les entreprises privées. L’essentiel des moyens finance la cohésion sociale, les services publics et la transition écologique, tandis que le soutien direct à la compétitivité des entreprises privées est ciblé, limité et largement concentré sur la correction du coût du travail.





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A propos des auteurs
Julien Duez
Centre de compétence Économie & Conjoncture