Opinion

Indexation forfaitaire des hauts salaires (« centenindex »)... les points sur les i 

Cher entrepreneur,

À l’heure où j’écris ces lignes, je ne sais pas si le Parlement adoptera l’indexation forfaitaire des hauts salaires (« centenindex ») cet après-midi. Si l’on en croit la presse, ce sera bel et bien le cas. C’est ce qu’on appelle la « primauté de la politique ».

Mais je voudrais tout de même préciser pourquoi la FEB s’est engagée si fortement dans ce débat. La raison en est très simple : nous nous opposons aux mesures qui nuisent gravement à l’entrepreneuriat et à la compétitivité de nos entreprises. Il ne s’agit jamais d’une attaque personnelle ; nous ne visons jamais l’homme ou la femme. Ce n’est pas notre style. Ce que nous faisons, par contre, c’est défendre bec et ongles les intérêts de nos membres – les fédérations sectorielles et leurs entreprises membres –, avec des arguments, des analyses bien étayées, de l’expertise et une connaissance du terrain. C’est ce que nous avons fait ces dernières semaines.

Le « centenindex » n’est pas ce qu’il semble être

Le « centenindex » est un concept intéressant en soi : au-delà de 4000 EUR de salaire par mois, un travailleur ne reçoit que 80 EUR d’indexation salariale, c’est-à-dire des cents au lieu d’un pourcentage. Sa mise en œuvre dans le texte légal qui va être voté aboutit cependant à quelque chose de complètement différent. Le résultat témoigne d’un surréalisme sans pareil : « Ceci n’est pas un ‘centenindex’ ».

  1. 1. Le « centenindex » est d’une complexité inédite et manque de transparence. Les départements RH et les secrétariats sociaux peuvent se préparer à faire des heures supplémentaires dans les mois à venir pour appliquer et expliquer cette disposition légale aberrante aux travailleurs sur le terrain. Ses effets se feront par ailleurs sentir dans les barèmes des années durant. Et tout cela pour une mesure temporaire qui ne s’appliquera que pendant les deux prochaines années.
  2. 2. Le « centenindex » augmente les coûts salariaux et détruit la compétitivité de nos entreprises car à partir de 2029, il sera remplacé par une cotisation patronale supplémentaire perpétuelle, à payer sur l’ensemble de la masse salariale. Les entreprises auxquelles le « centenindex » ne se sera jamais appliqué pendant la période 2026-2028, parce que les salaires de leurs travailleurs sont inférieurs à 4000 EUR/mois, devront quand même payer cette cotisation sur les salaires supérieurs à 4000 EUR à partir de 2029 !
  3. 3. Le « centenindex » n’est pas soutenu par les syndicats et les employeurs. S’il existe un thème pour lequel il est préférable de rechercher le soutien le plus large possible, c’est bien celui des « salaires, de l’inflation et de l’indexation des salaires ».
  4. 4. L’avantage dont votre entreprise pourrait éventuellement bénéficier, par exemple en 2026, grâce au « centenindex », vous risquez de le rembourser cash l’année suivante car la marge salariale (la fameuse norme salariale) sera augmentée de la réduction des charges dont vous avez bénéficié cette année-là. Autrement dit, pour les entreprises, l’avantage du « centenindex » se dissipera assez rapidement, tandis que la nouvelle cotisation sera permanente.

Le « centenindex » est en fait une nouvelle cotisation sociale déguisée, à charge des employeurs. Et au fond, une opération budgétaire.

Le « centenindex » : une mesure apparemment simple, mais complexe et coûteuse pour les entreprises.

Alternative des partenaires sociaux

Forts de cette analyse, nous avons élaboré une alternative, sur laquelle nous nous sommes également mis d’accord au sein du Groupe des Dix – le groupe des principaux dirigeants syndicaux et des employeurs. Au lieu d’intervenir dans les centaines de méthodes d’indexation différentes, nous avons convenu de mieux mesurer le chiffre de l’index (le thermomètre) (par exemple, en tenant également compte des 30% de contrats énergétiques fixes, plutôt que de supposer que chacun paie chaque mois les nouveaux prix) et de lisser les pics énergétiques  sur une période de 12 mois.

Cette proposition est soutenue par tous les employeurs, syndicats, experts, économistes, médias… à l’unisson. Il s’agit au final d’un accord social novateur sur un thème à propos duquel aucun accord n’a plus jamais été possible depuis la crise pétrolière de 1973. C’est historique ! Pourquoi ?

  1. 1. La proposition est on en peut plus simple et ne crée aucune charge administrative supplémentaire.
  2. 2. La proposition est neutre sur le plan budgétaire, et même positive pour le budget belge d’au moins 100 millions EUR par an selon la dernière analyse du CCE. L’affirmation selon laquelle les partenaires sociaux créent un cratère budgétaire de 350 millions avec leur alternative est une véritable fake news.
  3. 3. La proposition n’est pas inconstitutionnelle sur le plan juridique ; tous les experts que nous avons contactés à ce propos l’ont confirmé.
  4. 4. La proposition est soutenue aussi bien par les syndicats que par les employeurs.
  5. 5. La proposition est transparente.
  6. 6. La proposition est structurelle ; elle améliore de manière structurelle l’impact de l’indexation automatique des salaires sur la compétitivité de nos entreprises.

Et … malgré tous ces arguments incontestables, il y a de fortes chances pour que le Parlement rejette la proposition et opte pour ce « centenindex » aberrant. Comprenne qui peut … It isn’t over until it’s over.

Si le politique opte quand même pour une solution sous-optimale, qu’il en soit ainsi. Mais à terme, il s’avérera que l’adoption du « centenindex » n’était pas la meilleure décision parlementaire pour notre pays, nos entreprises et leurs travailleurs. Une occasion manquée.

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