Opinion

La compétitivité sous forte pression. Il faut continuer à réformer !

Plusieurs indicateurs montrent que la Belgique perd en compétitivité. Pour la troisième année consécutive, notre pays descend dans le World Competitiveness Ranking de l’International Institute for Management Development (IMD), un indicateur global qui inclut à la fois des données économiques concrètes et les perceptions des chefs d’entreprise.

Cette année, nous perdons pas moins de 8 places (passant de la 24e à la 32e position sur 70 pays). Ce constat vient s’ajouter à celui formulé dans le dernier rapport du Conseil central de l’économie (datant de la mi-février), selon lequel le handicap absolu des entreprises belges en matière de coûts salariaux s’élevait encore à 10 % en 2024. La légère amélioration enregistrée en 2025 sera à nouveau balayée dans les mois à venir par la recrudescence de l’inflation due à la crise iranienne et par l’indexation qui en résultera.

La conclusion est douloureusement évidente : que l’on se base sur un indicateur général ou plus ciblé, la Belgique continue de perdre du terrain sur le plan économique.

Les performances et la confiance en berne

Le classement IMD est particulièrement pertinent, car il ne se contente pas de présenter des chiffres, mais rend également compte de la confiance des entreprises. Et c’est précisément là que le bât blesse : non seulement les performances se détériorent, mais la confiance dans le cadre économique s’effrite également.

Ce déclin concerne des domaines essentiels. En matière d’efficacité des entreprises, nous enregistrons un recul en termes de productivité et de marché du travail. Cela touche au cœur même de notre croissance. Sans une hausse de la productivité, une prospérité durable est impossible. Dans le même temps, notre taux d’emploi reste à la traîne, tandis qu’une inactivité élevée — avec un nombre record de malades de longue durée — entraîne une pénurie de main-d’œuvre qualifiée et, par conséquent, un affaiblissement de la croissance potentielle.

En termes d’infrastructures, tous les indicateurs affichent une baisse par rapport à l’année dernière. Non seulement nous constatons une dégradation de nos infrastructures de base et scientifiques, mais notre enseignement essuie également un sérieux revers et perd pas moins de six places (passant de la 12e à la 18e position). Cela est particulièrement problématique pour une économie ouverte dépourvue de ressources naturelles. Nos connaissances et notre formation constituent en effet nos principaux atouts, et elles sont mises à rude épreuve.

Affaiblissement de la crédibilité institutionnelle

Par ailleurs, le problème de la crédibilité institutionnelle ne cesse de s’aggraver. La complexité accrue d’une législation trop abondante, qui est en outre souvent publiée tardivement, nuit à la prévisibilité de la politique. Alors même que cette stabilité devient encore plus cruciale dans un monde marqué par l’incertitude et l’imprévisibilité géopolitiques (et économiques) (voir également notre récent Focus International Trade).

Il ne s’agit pas d’une baisse de régime passagère, mais du résultat de faiblesses structurelles.

Tous les indicateurs sont au rouge : l’économie belge perd du terrain de manière structurelle.

Que devons-nous faire ?

Je continue à enfoncer le clou : si nous n’agissons pas, nous perdrons encore du terrain. Nous devons de toute urgence :

  • mieux maîtriser notre handicap en matière de coûts salariaux (la non-application de l’accord social du 22 avril, qui proposait une meilleure alternative à l’indexation forfaitaire des hauts salaires, a constitué à cet égard une terrible opportunité manquée) ;
  • rendre le marché du travail encore plus activateur ;
  • et redonner aux entreprises la possibilité d’investir.

Les récentes réformes du marché du travail, par exemple, constituent un premier pas dans la bonne direction. Malheureusement, cela ne suffit pas. Les défis restent de nature structurelle et nécessitent des réformes supplémentaires et en profondeur afin d’augmenter durablement le taux d’emploi. Il convient notamment de rendre plus efficace la prise en charge des travailleurs en incapacité de longue durée.

Un cadre réglementaire plus simple et plus prévisible est en outre nécessaire. Et sans prix de l’énergie compétitifs ni sécurité d’approvisionnement, notre pays risque de perdre encore davantage d’activité industrielle. Par ailleurs, il faut désormais s’atteler sérieusement à la simplification administrative. Cela ne coûte rien, mais rapporte beaucoup.

Heureusement, la Belgique dispose encore de solides atouts. Ceux-ci sont toutefois loin d’être évidents. La réforme n’est pas une option, mais une nécessité vitale. Pour notre pays et la prospérité de tous. C’est ce que démontre une fois de plus l’analyse de l’IMD.

Partagez cette page:
A propos des auteurs
Pieter Timmermans
CEO