Opinion

Investir dans la sécurité comme moteur de croissance

Takeaways
  1. 1. L’industrie belge de la défense et de la sécurité représente aujourd’hui déjà un chiffre d’affaires de 5 milliards EUR et 16.300 emplois directs. Si elle suit la tendance de croissance attendue au niveau mondial, elle pourrait doubler en volume au cours des huit prochaines années
  2. 2. Les entreprises belges possèdent les capacités d’innover, les talents technologiques et la capacité de production nécessaires pour renforcer notre défense.
  3. 3. Investir dans notre sécurité, c’est aussi investir dans notre prospérité.

 

En matière de sécurité, l’Europe est brusquement sortie de son sommeil. Guerre aux frontières, engagement renouvelé des États-Unis dans l’OTAN et menace permanente de cyberattaques : les réalités géopolitiques nous contraignent d’agir.

Cette semaine, nous avons participé à une concertation constructive avec le ministre fédéral de la Défense et du Commerce extérieur, Theo Francken, à propos des énormes défis à relever dans ce contexte. La question n’est plus depuis longtemps de savoir si nous devons investir dans la défense, mais comment le faire au mieux. Il s’agit d’un défi de taille dans le contexte budgétaire actuel.

Mais nous ne devons pas pour autant subir passivement cette réalité. Deux choix s’offrent à nous : considérer la défense comme un simple poste de dépenses ou utiliser les investissements inévitables de manière intelligente, afin qu’ils soient également rentables pour notre économie, notre industrie et nos emplois.

Reprendre les rênes en main

La réalité géopolitique ne laisse pas de place aux illusions. Pendant trop longtemps, nous avons externalisé en grande partie notre sécurité. L’Europe et notre pays en particulier se voient aujourd’hui subitement contraints d’investir dans la défense.

Les chiffres témoignent de l’ampleur du défi auquel notre pays est confronté. Au début des années 1980, la Belgique investissait encore plus de 2,5 % de son produit intérieur brut dans la défense. Depuis lors, ces investissements ont été systématiquement réduits, pour atteindre un minimum de 1,18 % en 2022. Ces dernières années, ces efforts réduits en matière de défense nous ont systématiquement relégués au bas du classement de l’OTAN. 

Cette année, le gouvernement fédéral a décidé de tendre de manière accélérée vers la norme (ancienne) de 2 % de l’OTAN. Cela représente un investissement structurel de plus de 4 milliards EUR. Mais il s’agit seulement d’une étape intermédiaire. La Belgique devra encore augmenter ce budget dans les années à venir, en partie en concertation avec l’OTAN.

À long terme, cela représentera un multiple de ce que nous avons investi dans notre sécurité ces dernières années. Et ce, à un moment où notre pays est déjà confronté à un défi budgétaire très difficile à relever, même sans dépenses de défense supplémentaires.

Le piège dans cette affaire ? Nous ne devons pas être aveuglés par le coût de l’investissement, mais nous devons aussi être conscients des opportunités qui en découlent. En effet, en appliquant une politique adéquate, l’évolution vers une augmentation substantielle des dépenses de défense peut également devenir un moteur pour l’innovation, l’emploi et la prospérité. 

Un rendement maximal pour notre économie

Nous y voyons une opportunité unique. Aujourd’hui, l’industrie belge de la défense et de la sécurité représente déjà un chiffre d’affaires de 5 milliards EUR et 16.300 emplois directs. Si elle suit la tendance de croissance attendue au niveau mondial, elle pourrait doubler en volume au cours des huit prochaines années, selon les calculs de la fédération Agoria, membre de la FEB. D’ici à 2034, on estime le chiffre à plus de 10 milliards EUR, avec jusqu’à 4000 emplois directs et 4000 emplois indirects supplémentaires.

Mais ce rendement ne se réalisera pas automatiquement. Chaque euro qui part inutilement vers des investissements étrangers est une occasion manquée d’ancrer les emplois et le savoir-faire dans notre pays, et de jouer pleinement la carte de l’innovation. En effet, chaque euro que nous investissons ici est bénéfique tant pour notre sécurité que pour notre économie.

Double usage : catalyseur d’innovation durable

Mais ce n’est pas tout. Autour du noyau d’entreprises développant des produits pour des applications militaires, un écosystème plus large d’entreprises se développe. En effet, de nombreuses technologies de sécurité ont des applications civiles en plus de leurs applications militaires. Pensons notamment au GPS, à la technologie des capteurs pour les parcs éoliens ou aux caméras infrarouges. Développées à l’origine pour les besoins de la défense, ces technologies sont aujourd’hui indispensables à de nombreuses autres applications.

La prochaine vague de percées technologiques se produit déjà dans des domaines tels que l’intelligence artificielle, la cybersécurité, la technologie des données et la robotique. Ce que nous développons aujourd’hui pour renforcer notre sécurité pourrait demain faire progresser les soins de santé, rendre la logistique plus intelligente ou accélérer la transition énergétique. 

Pas d’îlots nationaux

Pour être couronnée de succès, cette stratégie doit aussi s’appuyer sur une forte composante européenne. Si les 27 États membres restent dans leur propre bulle en matière de défense, nous demeurerons vulnérables. La normalisation et l’interopérabilité doivent permettre de réaliser des économies d’échelle afin de maximiser notre complémentarité et d’exploiter au maximum nos forces individuelles. 

Dans ce cadre, la coopération belgo-néerlandaise a déjà été saluée par le ministre néerlandais de la Défense comme un exemple à suivre : deux pays qui mettent leurs ressources en commun pour accomplir ensemble ce qu’ils ne pourraient jamais réaliser séparément. C’est cette voie que nous devons également suivre au sein de l’Europe.

De plus, nous avons besoin en Belgique d’un plan central pour la défense. Il ne s’agit pas de faire de la politique du gaufrier, mais de regrouper et de commercialiser nos atouts au sein d’un cadre européen.

La FEB et ses membres se tiennent prêts, en tant que partenaires, à faire les bons choix. Les entreprises belges possèdent les capacités d’innover, les talents technologiques et la capacité de production nécessaires pour renforcer notre défense. Une coopération politique solide offre à son tour à nos entreprises des possibilités uniques de se développer, d’innover et d’assurer leur ancrage sur la scène internationale. Pas de projets individuels, mais une vision à long terme dans laquelle les pouvoirs publics et le monde des entreprises se renforcent mutuellement. 

Le monde a changé. Notre sécurité a un prix, mais elle offre également des opportunités. Si nous en payons le prix intelligemment, c’est non seulement notre protection que nous achetons, mais aussi une part importante de notre croissance économique, de notre prospérité et de notre emploi. En effet, force militaire et puissance économique sont étroitement liées.

Partagez cette page: